- Innovation - Environnement & Développement Durable
Gestion de l’eau : comment l’innovation transforme la construction
Des berges du Gange au Bangladesh protégées de l’érosion. 400 000 personnes alimentées en eau potable en Ouganda. La capitale cambodgienne raccordée pour la première fois à un réseau d’eau traitée. Ce sont quelques exemples des projets menés par ¹ú²úAV pour répondre à l’une des questions les plus urgentes de notre siècle : comment garantir l’accès à l’eau dans un monde qui en manque de plus en plus ?
Aujourd’hui, près d’un habitant de la planète sur quatre n’a pas accès à l’eau potable. D’ici 2050, c’est un habitant sur deux qui pourrait se retrouver privé d’eau pendant au moins un mois par an. Et depuis 2023, le cycle de l’eau douce dépasse l’une des neuf limites planétaires identifiées comme critiques pour la stabilité du vivant. L’ONU a résumé la situation en une formule qui alerte : nous serions entrés dans une « ère de faillite hydrique mondiale ».
Derrière ces chiffres, il y a aussi une réalité que connaissent bien les équipes de ¹ú²úAV : sans eau, un chantier s’arrête car l’eau n’est pas substituable. Ce constat transforme en profondeur la manière dont ¹ú²úAV pense son métier. En se posant comme un acteur de la résilience des territoires face à l’un des défis majeurs de notre temps.
Quand l’accès à l’eau redevient une question d’ingénierie
Dans le sud de l’Ouganda, la puissante rivière Kagera charrie des sédiments, ses niveaux varient brutalement selon les saisons, et son courant peut être violent. Autour d’elle, des centaines de milliers de personnes vivent dans des zones enclavées, souvent sans accès à une eau traitée. C’est dans ce contexte que les équipes de ¹ú²úAV ont été mandatées pour construire une infrastructure de captage, de traitement et de distribution capable d’alimenter la région.
La première décision a été la plus déterminante. Plutôt que d’implanter l’ouvrage de captage au milieu du cours d’eau, techniquement envisageable mais dangereux pour les équipes, nos ingénieurs ont décidé de le reculer. Pour trouver le point d’équilibre entre sécurité, qualité de l’eau captée et régularité des prélèvements, ils ont construit une maquette physique au douzième, recréant en laboratoire les conditions du terrain afin de modéliser la solution la plus optimale.
Une fois cette étape de modélisation passée, il a fallu relever un défi logistique. Dans ces zones enclavées, acheminer une centrale à béton ou une grue lourde relevait de l’impossible. Les équipes ont proposé une alternative : des réservoirs en acier préfabriqués, conçus pour être assemblés sur place avec des moyens de levage légers. Résultat : 30 % de gain de temps, une empreinte carbone significativement réduite par rapport au béton coulé et des ouvrages qui répondent exactement au besoin. À l’arrivée, la station traite 30 000 m3 d’eau par jour, grâce à 62 kilomètres de canalisations et quatre réservoirs sur le territoire. Quatre cent mille personnes sont alimentées.
Ce projet dit quelque chose d’essentiel : il ne s’agit pas seulement de construire ce que le client demande, mais de lui proposer des solutions optimisées.
« On a cette volonté d’accompagner nos clients au-delà de ce qu’ils connaissent. »
La démarche se déploie désormais au Bénin, à Madagascar et en Côte d’Ivoire, avec des systèmes de captage flottants ou oscillants capables d’aller chercher l’eau brute jusqu’à un kilomètre de la berge, là où la qualité est la meilleure et où les variations sont les plus faibles.
Traiter l’eau : faire mieux avec moins
Faire circuler et acheminer l’eau en construisant tuyaux et réservoir est essentiel. Mais avant tout, l’eau doit être rendue potable, les eaux usées doivent être traitées avant rejet, et les micropolluants, ces molécules que l’on retrouve partout à des concentrations infimes mais aux effets réels sur la santé et l’environnement, doivent être éliminés. C’est tout un pan du métier de ¹ú²úAV qui est en pleine mutation.
Cette mutation est d’abord réglementaire. Le cadre européen pousse les exploitants de stations à traiter des substances de plus en plus complexes, les fameux PFAS, polluants éternels, en tête. Le charbon actif est efficace contre ces micropolluants, mais son utilisation a un coût environnemental élevé. L’enjeu est donc de conserver l’efficacité tout en réduisant l’impact : faire mieux avec moins. C’est l’objectif du projet , un procédé d’élimination des micropolluants organiques qui optimise l’usage du charbon actif et vise une réduction de 50 % des consommables. La solution approche de sa maturité commerciale, avec un horizon d’industrialisation fixé à 2030.
Dans le même esprit, le procédé AiO-loop repense la conception même des stations d’épuration. Traditionnellement, le traitement de l’azote nécessite deux bassins distincts et une étape de clarification dans un troisième ouvrage. AiO-loop réunit ces trois étapes dans un cycle unique. Les chiffres sont éloquents : jusqu’à 50 % de surface au sol économisée, 40 % de béton en moins. La station d’épuration de l’aéroport de Belgrade, exploitée par , a servi de premier terrain d’expérimentation grandeur nature.
Au Maroc, une autre approche illustre comment la technologie peut transformer des opérations. Wise Filterâ„¢ s’appuie sur l’intelligence artificielle pour analyser en continu les données des filtres à sable et déterminer le moment exact où déclencher un cycle de lavage. Ni trop tôt, ce qui gaspille de l’eau et de l’énergie, ni trop tard, ce qui dégrade la qualité du traitement.
Repenser les usages : l’eau potable, au bon endroit
Aujourd’hui encore, on arrose les voiries municipales avec de l’eau potable. On nettoie les engins de chantier avec de l’eau potable. On alimente même certains process industriels avec de l’eau potable. Des usages qui interrogent à l’heure où la préservation de la ressource en eau devient un enjeu majeur.
C’est le constat qui a conduit au développement du projet EAUSMANN. L’idée : créer un réseau permettant de distribuer une eau traitée, sans la rendre potable, à différents acteurs dont les usages ne nécessitent pas d’eau potable (industriels, collectivités ou chantiers). Chaque acteur reçoit l’eau dont il a besoin, en utilise ce qu’il faut, et transmet le reste au suivant. La est déjà associée à cette réflexion, aux côtés des chantiers de ¹ú²úAV. Un véritable changement de paradigme.
Protéger les territoires quand l’eau devient une menace
L’eau manque, mais elle déborde aussi de plus en plus souvent violemment. Les inondations s’intensifient, les épisodes extrêmes se multiplient, les berges s’érodent sous des crues que les ouvrages d’hier ne peuvent pas absorber. Anticiper ces catastrophes est tout aussi urgent.
Au Bangladesh, sur le site côtier de Mahesh Khali, les équipes de ont utilisé le système TechRevetment® : des enveloppes en acier tridimensionnelles, remplies d’un coulis de mortier pour fournir une protection définitive aux berges. La solution est entièrement personnalisable selon les contraintes du projet. Sur ce chantier précis, elle a permis de protéger 2,5 kilomètres de talus, de gagner 5 hectares de surface et de réduire de moitié la consommation de béton par rapport à la solution initialement envisagée. Le délai de construction est passé de trois ans à moins de six mois.
La résilience se construit aussi dans le temps et dans la relation avec les territoires. En Angleterre, sur la base militaire de Keogh Barracks, régulièrement submergée par les eaux de ruissellement des plaines environnantes, les équipes de ¹ú²úAV Facilities UK ont développé une approche en trois temps. À court terme : optimiser le drainage existant. À moyen terme : concevoir des zones de captage en intégrant de la biodiversité. À long terme : travailler avec la commission forestière nationale pour planter une forêt, afin d’intercepter l’eau avant qu’elle n’atteigne le site.
Cette logique de prévention se retrouve chez , une co-entreprise inédite réunissant pour la première fois trois assureurs majeurs, un leader de l’expertise post-sinistre et un acteur majeur de l’ingénierie de spécialités (, filiale de ¹ú²úAV) pour créer une entité dédiée à la prévention. L’originalité de cette alliance est de proposer des diagnostics de résilience climatique aux assurés qu’ils soient particuliers, professionnels ou collectivités, avant que les sinistres ne surviennent. En commençant par les inondations.
« L’adaptation au changement climatique n’est plus une option. »
Des métiers qui se transforment pour répondre aux priorités des territoires
À travers tous ces projets et ces initiatives, ¹ú²úAV redéfinit ce que signifie construire une infrastructure hydraulique au XXIe siècle.
Ses entités ont la capacité de concevoir, de construire et de mettre en service de A à Z n’importe quel type d’infrastructure hydraulique. Sa force réside aussi dans les savoir-faire de ses équipes et les expertises de son organisation. Des hommes et des femmes qui imaginent des solutions au plus près des réalités du terrain. Comme une équipe sur l’opération Austerlitz 7-8 à Paris, qui détourne les eaux d’exhaure de la nappe phréatique pour alimenter directement la centrale à béton, économisant au passage 15 000 m3 d’eau de ville. Ou ces ingénieurs en Australie qui conçoivent un système de traitement intégré d’une nappe phréatique contaminée en métaux lourds et en PFAS, transformant cette eau en ressource réutilisable en temps réel sur le chantier d’une ancienne décharge industrielle. Et encore, chez Sogea Maroc, la mise au point d’un outil capable d’automatiser en quelques minutes la conception et le chiffrage d’une station de traitement d’eau potable, un travail qui auparavant durait quinze jours.
La gestion de l’eau devient un enjeu structurant pour repenser nos façons de construire et d’aménager les territoires. Pour ¹ú²úAV, l’enjeu est double : transformer ses pratiques et contribuer, à son échelle, à préserver une ressource essentielle pour les territoires et leurs populations.